Design & créativité : Lutter contre la procrastination

A la suite d’une discussion sur Twitter à propos de la procrastination, et plus particulièrement du témoignage de Squintar, m’a été suggéré d’écrire un article (merci Gweno et Christelle Mozzati)

https://twitter.com/squintar/status/840967101800161280

Je ne suis pas un adepte de l’exercice d’écriture d’article donc je vais faire de mon mieux pour ne pas trop vous perdre et me perdre dans une vision très personnelle de la pratique de mon métier.

Pourquoi avoir crée une méthodologie personnelle ?

J’ai 10 ans de métier dont 6 dans la direction artistique, le management d’équipe et de la gestion de projet et cela n’a pas été facile au début.

En effet je suis arrivé très jeunot comme directeur Artistique dans le cabinet de conseil Keley Consulting afin d’y créer l’activité design et j’y ai fais toute les conneries du monde de par mon manque d’expérience et mon manque de… méthodologies du coup. N’ayant personne au dessus de moi (pas de DC, pas de DA, juste des consultants et quand même 2 supers patrons qui m’ont bien accompagnés) et ayant rencontré pas mal d’échecs au tout début, il a fallu que je me blinde un peu et que je concocte ma propre vision du métier pour réussir à vendre mon travail et avancer devant tous les challenges qui se dressaient devant moi. Depuis je suis parti volontairement de cette expérience professionnelle pour repartir de zéro et me nourrir de ce que j’ai considéré comme une succession d’échecs constructifs et j’ai pu redémarrer la machine au sein d’Alteom, mon entreprise actuelle (site en cours de refonte parce que…). La remise en question et la prise de recul m’ont plutôt réussis, et je suis arrivé enfin à maturation d’une vision du métier à 30 ans.

Ma méthodologie et ma vision des choses m’ont été inspirés par 3 choses :

  • Les livres de fabrication des films de Luc Besson
  • Un strip de la bédé MAUS de Art Spiegelman
  • La dépression du rugbyman Wilkinson (allez le RCT)

Donc ce que je vais expliquer plus en dessous n’appartient pas au monde du design mais bien à de la lecture personnelle qui n’a rien à voir avec le métier mais plutôt sur la psyche.

Pour Luc Besson : Celui-ci a toujours une place en or dans mon coeur car au-delà de son coté Kalimero et des bassesses qui lui sont reprochés, ça reste quand même quelqu’un qui s’est fait seul en traversant bien des déserts à ses débuts. Un propos revient souvent dans les livres qu’il a écrit, c’est celui de “FAIRE” (oui il a écrit cela en majuscule). Il explique qu’avant même de viser la perfection, il faut avant tout FAIRE les choses et que c’est comme cela qu’on apprend le mieux. Cette phrase m’a marqué et sa méthodologie personnelle d’écriture de 15 pages par jour tous les matins au levé m’ont pas mal parlés.

Vu que ça lui a bien réussi (il a ouvert une petite boite de prod je crois après ça…) , pourquoi ne pas essayer de FAIRE effectivement…

Pour MAUS : Une page de la bédé montre le narrateur en train de faire la guerre aux Allemands sur le Front Polonais et le héros se fait réprimander par son officier qui lui demande “pourquoi ton fusil est froid ? Tire abruti !”. Le narrateur, confus par le fait qu’il n’a jamais tiré se met à riposter sur la rive d’en face avec son fusil et se dit “j’ai tiré en l’air, au moins j’ai FAIS quelque chose”

Cette séquence m’a pas mal marqué dans le sens ou face à l’absurdité d’une situation (faire la guerre…) le héros se réfugie derrière le FAIRE et c’est tout ce qu’on attend de lui à ce moment. C’est la règle du jeu (erf) et il y trouve un soulagement car “il a fait quelque chose”. Faire serait donc soulageant

Pour Wilkinson : Le sieur avait apparemment pas mal de soucis sur le terrain. Sérieux et bosseur, il semblait à un moment traverser une grande phase de doutes alors qu’il était très bon. Je suis donc tombé sur cet article du Monde http://www.lemonde.fr/sport/article/2014/05/23/la-physique-quantique-a-sauve-wilkinson-de-la-depression_4424298_3242.html et je me suis fortement intéressé à la vision de Wilkinson pour tâcher de comprendre mon mal-être dans le métier. C’est ainsi que j’ai commencé aussi à lire de la Physique Quantique (sans trop rien y piffer) et ainsi je suis arrivé à la découverte de la notion de multivers….

Le multivers pour FAIRE

Vision 1 : mon univers avant

Une vision très basique des choses. Ou bien ça marche par l’opération du saint esprit ou bien je me foire lamentablement et “je suis une belle merde, j’ai échoué haaaaa Gasp* /meurt”. Je dois avouer qu’avec une telle vision des choses, j’ai biennnn procrastiné sur chaque projet + pétages de cables intensifs quand les idées (enfin “l’IDEE !”) ne venaient pas.

Puis j’ai lu toutes les choses citées plus haut et j’ai commencé à mettre tout cela bout à bout pour me représenter les choses comme ceci.

En effet, il n’y a que un univers ou je réussis parfaitement et un univers ou j’échoue lamentablement. Le reste, c’est des univers ou je rencontre un petit succès au moins auprès du client parce que…bah déjà j’ai fais quelque chose. Et donc du coup j’ai pu créer quelques milliers d’univers ou mon travail n’était pas parfait mais au moins avait la perfection d’exister.

Ce qui donne ça finalement….

et donc finalement, mon échec et ma réussite parfaite sont tout petits dans le grand univers des petites réussites. Statistiquement je me retrouve dans une position assez réconfortante car je sais que le simple fait de FAIRE (avec l’expérience du métier) me permet d’avancer sur le projet.

Donc en résumé :

  • Un seul univers dans lequel j’échoue (généralement quand je ne rends rien)
  • Un seul univers dans lequel je réussis parfaitement (généralement c’est très subjectif quand même et ça n’arrive jamais vraiment tiens quand j’y pense…)
  • 998 univers ou je réussis pas trop mal d’une manière ou d’une autre parce que j’ai des compétences dans ce que je fais (j’ai fais une école et j’ai fais plusieurs projets grosso modo). Plutôt cool comme Ratio non ?

“C’est mignon tout ça mais comment prétendre que tu réussis pas trop mal à chaque fois ? y a bien des moments ou tu es à coté non ? “

Pour cela je m’aide d’une citation de Nitch,..Nietshe…Nietzsche (bordel) ….que j’ai trouvé sur Evene donc… mais qui m’a bien debloqué :)

“ Aussitôt qu’on nous montre quelque chose d’ancien dans une innovation, nous sommes apaisés. “ Nietzsche

Enlever les données “passion, ego, se faire aimer à travers son travail” pour les remplacer par “pragmatisme, langage graphique et preuve concrète” permet d’enlever un certain poids et d’éviter les clients un peu trop subjectif (“j’aime” / “j’aime pas”).

Si on regarde bien, l’art appliqué fait que…bah on applique de l’art et donc on doit se plier aux tendances de notre temps, de notre époque. Je vais appeler cette tendance un langage.

Comment parler le bon langage graphique ? (dans le cadre d’une refonte d’identité par exemple)

  1. Regarder le langage visuel dans lequel votre client évolue (corporatiste, start-up, petite entreprise, service….) et prendre connaissance du langage qui compose son univers et auxquels il est confronté chaque jour.

2. Regarder l’objectif du client (changement de ton, mise en avant d’un aspect de son activité, création d’un nouveau service…) et le relier à un autre langage qui correspond à son objectif. Pour mon exemple je dirais que le client veut rajeunir sa marque et je vais donc aller explorer le langage graphique et les codes des Start-up qui font cela très bien.

Donc ca donne cela

3. Pour le style que je veux employer pour mon axe créatif, je vais également aller explorer des styles graphiques d’autres domaines que je peux relier à mon sujet (mangez de l’histoire de l’art et de la culture). Par exemple je vais m’inspirer du style graphique que peut avoir un artiste qui me semble aller dans le sens des objectifs du client

4. et finalement j’ai un peu d’ego quand même :D donc je vais mettre un peu de moi dans le travail pour avoir ma petite signature. Un petit détail qui montre que le boulot est de moi mais qui ne bouleverse pas le rendu général (en général une texture légère ou un jeu typographique récurrent). la petite touche perso quoi !

Avec cette méthode, j’obtiens assez facilement 3 axes créatifs par projet que je peux argumenter face aux clients et qui me permet de mettre le subjectif de coté car j’ai beaucoup de benchmarks à montrer et je peux rendre mes recherches tangibles puisque j’ai enquêté et constituer un dossier créatif qui fait étal des langages graphiques dont je me suis inspiré.

Après il ne faut pas oublier que plus on fait de projet, plus on va vite techniquement et plus on commence à développer des réflexes qui vont sécuriser notre travail donc c’est pas non plus une méthode miracle. Elle se base aussi sur l’expérience qui s’accumule à chaque projet.

“Oui mais c’est un peu copier ça non ? “

L’effet Kiss Cool c’est que ça permet aussi de se détacher de son travail car on analyse surtout celui des autres pour y trouver des choses qui nous plaise donc c’est bonnard, on avance positivement.

On est loin du plagiat également car l’objectif c’est de répondre à un objectif client avec des preuves tangibles sur l’efficience du concept que l’on présente. Ce qui a aussi pour effet de rassurer le client . Cela me permet également de boucler sur la citation de Nietzsche (je l’ai pas mise non plus pour faire genre). Le client peut alors valider un axe en étant apaisé car on a su lui prouver que nos propositions ne sont pas subjectives mais qu’elles répondent bien à sa problématique en parlant le bon langage de la bonne époque, appliqué au bon contexte. Et on a su le quantifier.

Si on vient vous voir pour mettre en page un bouquin, vous savez déjà que vous partirez sur un gabarit avec du texte, une pagination, des espaces pour les images etc etc. C’est le même principe ici, il existe déjà des modèles et des langages liés à nos sujets et notre métier impose qu’on les explore et qu’on les exploite car,… notre époque les exploites.

Pour le reste, et les graphistes “AAaarrrtiste” (prononcer le A longuement et lassivement) qui pensent que “non, il faut tout créer soi même” Ils sont déjà voué à une belle névrose je le crains. Et surtout ils resteront toujours sur le mode du j’aime / J’aime pas avec leurs clients et auront du mal à argumenter leur travail car ils n’auront aucunes autres preuves que leur propre subjectivité…