De l’importance et du bon usage d’avoir un “mentor qui s’ignore”

BAM ! je commence l’article avec une image qui n’est pas Star Wars au sujet des mentors !

Après avoir bu 6 cafés et cherchant à fuir de nombreuses heures de corrections de copies de design d’interaction qui m’attendent, j’ai eu envie de théoriser ici l’importance d’avoir un/des mentor(s) « inconscients » car ces 6 derniers mois j’ai beaucoup appris sur moi même et la reprise du dessin a débouché quelques résistances de mon inconscient tyrannique.

En effet, un des conseils principaux que je donne à mes étudiants quand ils me posent la question « comment on s’améliore en design ? » est de leur répondre « trouvez vous un modèle, un(e) designer déjà établi qui fait des travaux qui vous plaisent et dont vous aimeriez atteindre la qualité pour vous donner envie d’avancer dans le métier». …. Mais ces derniers temps, à force d’introspection, de travail chez mon psychologue (c’est formidable d’apprendre à se connaitre mieux) et de ma reprise du dessin, je me suis rendu compte que ma réponse était fortement incomplète.

Par “mentor qui s’ignore”, j’entend d’avoir un modèle qui va vous inspirer, vous donner envie de vous dépasser et d’aller plus loin. Il permet de voir un résultat final de ce que vous aimeriez être/faire . Vous n’êtes pas obligé de communiquer avec ou même de le connaître personnellement. C’est une personne qui va vous donner envie de vous lever le matin et de faire/apprendre avec plaisir et objectivité.

Le “pourquoi écrire cet article? « c’est que j’ai lancé récemment un projet qui trainait dans mes cartons, le projet Pouplika https://www.instagram.com/pouplika/. Et 3 jours après le lancement, panne d’inspiration totale. Je n’y arrive plus. Cela n’a aucune importance car c’est un projet personnel mais je me suis interrogé sur la raison de cette panne soudaine. J’écris donc à la fois pour me rappeler ma progression intérieure et pour la partager (surtout aux étudiants).

Il y aussi une volonté de montrer des choses “moches” qui changeront un peu de tout ce que l’on voit passer sur le web. je déteste qu’on ne voit que des produits finis et superbement exécuté sans voir beaucoup les échecs de chacun. Un article pour s’éloigner d’un standard Linkedin en somme (tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il est parfait)

Je vais tâcher ici de présenter à travers mes années d’expérience le mauvais usage que j’ai pu faire avec le fait de « simplement » avoir un mentor qui s’ignore et de, pourquoi après 12 ans, je pense que je ne prenais pas l’inspiration apporté par celui-ci dans le bon sens du terme.

Le Lycée & projet personnel

Je fais mes études à Corvisart, un lycée professionnel dans Paris ou j’apprend les bases du métier de Dessinateur d’exécution en communication graphique et ou je passe ensuite un bac pro en métier d’art. Je ne m’étendrais pas plus sur la qualité de la formation que j’y ai reçu (je ne savais pas écouter et comprendre l’importance de certains cours) et les cours de techniques informatiques étaient un peu…trop débutants ? En effet, pour moi la meilleure des formations aura été d’avoir un groupe de musique qui m’a permis de faire mes 1ers visuels pros pour promouvoir nos concerts etc etc.

Voici donc mes 1ères créations graphiques …. (Ça donne envie hein ?)

Le photomontage m’habite surtout quand je suis sous la douche
ohhhh quel sens de la composition
Viendez les gens !

Etrangement (mais alors franchement je ne comprend pas), les membres du groupe ne sont pas emballés par mes SuUuperBES CrEatiOn ! En gros, ils me challengent bien à fond . Mon meilleur ami (devenu coach depuis et ça lui va très bien) m’incite alors à regarder un peu plus les travaux d’autres designers afin de m’en inspirer et proposer une qualité similaire sur mes éléments de communication.

A l’époque nous sommes fan du groupe Agora Fidelio et je deviens rapidement fan du travail de leur designer et guitariste Toulousain, Jouch (Julien Rouche). Ses travaux m’impressionnent à la fois par leur simplicité et leur sophistication, un beau cadrage, une belle typographie, un visuel qui raconte une histoire et hop c’est parti.

©Jouch
©Jouch
©Jouch
©Jouch

Je décide donc de reprendre mes études en design suite à cette découverte et je veux réussir moi aussi à faire des visuels comme les siens. On ressent mieux l’inspiration et mes travaux gagnent en qualité (pas en originalité.)

BTS et fin d’études (est ce qu’on finit vraiment d’étudier un jour?)

N’empêche que c’est avec cette motivation de me rapprocher le plus de ce mentor (qui s’ignore) que je fais 2 ans d’études en BTS multimédia à CFA com. J’y apprend par la suite de nouvelles méthodes de travail notamment avec l’aide de 2 professeurs dont je n’ai plus de nouvelles : Alexandre Giraudeau et un professeur d’histoire de l’art…dont j’ai oublié le nom (j’actualiserais l’article quand ça me reviendra)… Ces 2 professeurs m’apprennent à mieux créer des concepts et à comprendre ce que je fais réellement. Leurs cours sur le « savoir observer » m’aidera toute mon actuelle carrière (et je continue de la transmettre dans mes propres cours.)

D’ailleurs il me semble que j’ai un article à finir sur cette méthodologie..Erm

Mon groupe évolue et l’univers que l’on développe évolue aussi. A l’époque je touche un peu le crayon et mon ami me montre les travaux d’Aurélien Police, illustrateur.

© Aurélien Police
© Aurélien Police
© Aurélien Police

On se hype comme des fous sur sa manière de travailler, j’y découvre le travail de la texture, des couleurs, le mélange de photomontage et de dessins…. ! Je décide donc de tenter de me rapprocher le plus prêt de son travail pour faire les visuels du 2e album de mon groupe ! Et donc le résultat effectivement est marqué par cette inspiration. Voila voila…

J’allais très bien à l’époque oui oui
Vous voyez, le sourire et tout
Finalisation du style du groupe
Et voila une belle histoire qui se finit

A la même époque je découvre à travers le livre « Street Art Books » les dessins et carnet de croquis de nombreux artistes qui me séduisent au plus haut point !

© Street Artbooks — Tristan Manco

Je me rend compte de toutes les possibilités qu’offrent le dessin et qu’il se passe autre chose que dans les musées classiques dans les carnets de ces artistes. J’ai eu une éducation très académique et donc forcément dans ces carnets j’y découvre de la transgression, des choses qui sont issues du coeur, beaucoup plus dynamique qu’un monochrome ou une oeuvre cubiste (que je ne comprend pas à l’époque). 3 artistes m’impressionnent alors : Amose et Eroné du collectif Mercurocrom à Lilles et Iemza, graffeur Reimois.

© Eroné
© Amose
© Iemza

Leur travail sur le corps, sur la couleur, la texture, le motif me donne envie de moi aussi me remettre au dessin et de faire un peu plus ce que je veux. Je développe donc mon dessin en m’inspirant beaucoup de ce que je vois dans leur travail (sans copier). Je veux retrouver ce sentiment qui m’habite quand je regarde leurs oeuvres.

Mes essais il y a 10 ans…
Joie et bonheur

Vie professionnelle, la vraie…

Coté design, je m’inspire également du travail de l’ancien graphiste Joolz (encore un Julien) devenu tatoueur depuis. Ses travaux et ses créations remplies de textures m’impressionnent et pour moi sont une synthèse de ce qui me plait dans un visuel.

© Joolz
© Joolz

La encore ce travail m’inspire et influence une bonne partie de mes créations de l’époque.

Je m’amusais en faisant bénévolement des affiches pour un atelier théâtre prêt de Angers
Mon 1er site pro, c’était le bon vieux temps
Je n’oublie pas tous les bons conseils donnés sur le forum 2D avec Rémi, Celine, Dome, Christophe, Traz et autre qui ont beaucoup aidés ! merci à tous ces mini mentors !
Pour la peine je mets vos tronches tiens

D’autres influences vont venir au delà du design et de l’illustration. J’ai peine à utiliser toutes ces expériences passées dans des travaux qui consistent à produire pour le CAC40 ou l’artistique n’est pas de mise (enfin ça dépend… j’ai eu beaucoup de chance et j’ai eu des clients vraiment très ouvert d’esprit, voire qui encourageait l’artistique justement).

Profession Graphiste Indépendant — Edition Eyrolles — Julien Moya

A ce moment la je m’intéresse surtout à la gestion de projet et à la gestion financière. C’est à travers le livre de Julien Moya (encore un Julien) « Profession Graphiste indépendant » que j’apprend les rudiments du métier coté finance et coté « qualité » (au sens ISO du terme). Je regarde au moins 3 fois par an sa conférence aux Réveil créatifs de Toulouse pour me remettre en selle quand j’ai des difficultés face à un client un peu complexe à gérer ou des soucis avec l’administration.

Une excellente conférence à écouter si vous rencontrez des soucis avec vos clients sur le déroulé d’un projet ou le paiement d’une facture

Ce monsieur devrait être le boss de la MDA ou à l’URSSAF (je ne lui souhaite pas en vrai) tant il connait les rouages et s’intéresse vraiment à tous les aspects de la création d’entreprise, je vous recommande de le suivre sur Twitter ou il parle régulièrement des mises à jour liées à nos statuts Freelance et à l’actualité politique du statut d’auteur entre autre. Ces réponses sur les forums pro et ses conseils m’ont vraiment beaucoup aidé indirectement pendant 6 ans ou j‘ai été’ directeur Artistique dans 2 entreprises très différentes en terme de charge de travail ou j‘ai réussi à me blinder plus efficacement de mission en mission et surtout de gagner en maturité sur un plan professionnel (très important). Connaitre l’importance de l’argent, l’importance de dire non, s’écouter… Non vraiment matez cette conférence.

Même pour écrire, j’ai été inspiré fortement par des designeuses telles que Marie Guillaumet et sa conférence sur le design de soi à Paris Web ainsi que son blog très personnel que je vous conseille de lire !

Ce qui me plait le plus dans cette conférence c’est que Marie parle sincèrement, elle ne cherche pas à être quelqu’un d’autre sur scène avec son trac. Elle est entière, j’aime beaucoup cette conférence pour cela.

Et maintenant…

Je suis devenu Freelance après 10 ans de CDI dans 3 boites pour parfaire mon savoir et l’appliquer en étant le seul maitre à bord de mon entreprise (pour l’instant). Ayant construit un bon réseau et surtout Aidé par 2 écoles qui me font confiance d’année en année, j’ai réussi à obtenir un belle indépendance financière qui me permet maintenant de pouvoir choisir les missions sur lesquelles je veux travailler et de passer du temps à réapprendre des choses ; dont le dessin et le digital Painting.

Ma vision de la niche ou le travail se trouve me pousse à me remettre fortement au dessin et à reprendre des cours par l’auto formation ou l’excellente formation créée par Gaetan Weltzer > La digital painting School . Formidable ! Je veux pouvoir dessiner comme lui, peindre comme un Tohad (Sylvain Sarailh) ou un Sephyka dont j’admire le travail….

© Design Spartan — Je n’ose pas imaginer le temps passé sur cette image…et de savoir ce que ça fait d’être alsacien :-* ❤
© Tohad et sa capacité à rendre compte rapidement d’un mouvement, d’une ambiance
© Tohad et ses formidables dessins d’extérieurs
© Sephyka — Kitshland — Cette image m’inspire beaucoup

C’est à travers ses cours que je me suis rendu compte que quelque chose clochait dans mon parcours.

  • L’impatience à obtenir un résultat final de qualité et de faire des exercices simples (10 ans de métier, l’experienceeeee, toussa toussa)
  • La volonté de trop coller à un style qui n’est pas le mien (à savoir peindre en 2h comme un artiste digital senior…les vidéos de painting en vitesse rapide n’aident pas)
  • Se rendre compte qu’en dessinant, on ne ne comprend pas ce qu’on dessine, surtout quand on peint à travers les yeux d’un autre artiste (je veux faire comme tel artiste…)
  • Je ne prend pas de plaisir (puisque je n’apprend pas vraiment à regarder par moi même)
  • Je n’arrive pas à trouver la volonté de faire une image complète mais je ne fais que faire des image à la manière de…. Quelqu’un d’autre.
  • L’impression de faire « pour avoir l’air de faire » et pas vivre pour faire comme j’ai envie.

L’autre jour je vois un gif partagé par Jesse de Fortifem qui montre un travail en cours ou ilprésentait un avant / Après Nettoyage des lines ; j’en ai presque chialé devant autant d’investissement, de patience et de travail…

© Fortifem —la patience du trait ❤

Je vois ma collègue Marion Haas réaliser de belles aquarelles en stream et je sens qu’elle adore ce qu’elle fait et ça me fout une pêche monstrueuse et en même temps je prend conscience que je ne le fais pas avant tout pour moi…

© Lapidouce — la très humble aquarelliste

Egalement en étudiant le travail de Sergei Kolesov , digital Artist sur la série des Dishonored et en regardant ses vidéos de process ainsi que ses masterclass j’ai essayé de reproduire ses dessins pour comprendre son art.

Ouais…bien quand on copie le style d’un artiste bien établi
Oui c’est plus facile de copier un travail d’artiste doué…

Par contre laissez moi tout seul sans référence et….

Par contre tu me lâches sur une étude photo, Byebye le style
Plus dur sera la chute

Et finalement j’ai compris complètement autre chose…que je ne m’attendais à trouver la.

A force de trouver des mentors et des modèles sur le métier, le visuel, la composition, j’ai pu avancer et travailler dans ma vie pro mais je me suis complètement oublié et j’ai vraiment un sentiment de stagnation et d’inconsistance.

Je n’ai pas cherché à développer (voire assumer) mon travail et mon style ce qui me fait me retrouver à bloquer facilement devant tout nouveau sujet. J’ai très mal utilisé le fait d’avoir des modèles car j’ai oublié de chercher avant tout à comprendre ce que je faisais.

Actuellement je me retrouve à tout reprendre depuis le début et à apprendre à aimer mon vrai trait tout pourri (mais qui est le mien). C’est surement plus facile de jouer à être quelqu’un d’autre mais ce que je retiens de tout ce parcours, c’est que ce n’est pas gratifiant et que je n’assume presque pas mes travaux car j’ai toujours ce syndrome de l’imposteur qui s’empare de moi. Et les rares fois ou j’ai fais un travail dont j’étais fier c’est quand j’avais réussi à rester moi même, nourris aux influences certes, mais ou je n’ai pas cherché à être quelqu’un d’autre que moi. Ça a l’air de rien j’imagine mais actuellement je suis reparti pour désapprendre 12 de certains aspects de ma vie pro pour tout réapprendre et repartir de zéro.

Mon ego m’a fait oublier que ce mentor qui s’ignore doit surtout permettre d’avoir un objectif, donner un jalon à son parcours. Pas donner l’impression d’être aussi bon que lui, juste donner envie d’apprendre plus et de continuer à apprendre et à aimer cela. Apprendre aussi à prendre le temps d’admirer un travail (ou un état d’esprit) sincèrement et ne pas se dire « ouais moi aussi je peux le faire ».

Je répondrais désormais à mes étudiants qu’ils doivent se trouver des modèles qui les aideront à avancer mais qu’ils doivent avant tout penser à rester intègre à eux mêmes et à leurs défauts et surtout, arrêter un peu avec le regard des autres et chiller à apprendre comme un petit papy qui peint assis au bord de l’eau le dimanche en premier lieu pour lui et pour la paix de son âme.

Mauvais exemple mais bon voila c’est la première image qui est venu quand j’ai cherché “papi qui peint”

L’objectif à garder en tête c’est surtout de travailler à devenir la meilleure version de soi-même et je remercie tous ces mentors qui s’ignorent de partager régulièrement leur savoir et leur création pour donner envie à des néophytes comme moi de les suivre et faire de mon mieux !